Taxe foncière et charges : ce que le bailleur refacture
Depuis la loi Pinel, la refacturation ne se présume plus : elle se prouve par un inventaire précis annexé au bail et par un état récapitulatif annuel. Quatre catégories de dépenses ne peuvent jamais être mises à la charge du locataire, quoi qu’écrive le bail. Tout le reste se négocie — mais au renouvellement, pas en cours de bail.
La règle depuis la loi Pinel : tout doit être écrit
Tout contrat de location doit comporter un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts, taxes et redevances liés au bail, avec l’indication de leur répartition entre le bailleur et le locataire (art. L145-40-2 du Code de commerce). « Précis et limitatif » : une clause qui met à la charge du preneur « toutes charges, impôts et taxes de quelque nature que ce soit » ne satisfait pas au texte.
Cet inventaire donne lieu à un état récapitulatif annuel adressé par le bailleur au locataire. Le délai est fixé par l’art. R145-36 du Code de commerce : au plus tard le 30 septembre de l’année suivant celle de l’exercice, ou, pour les immeubles en copropriété, dans les trois mois suivant la reddition des charges de copropriété. Le bailleur doit en outre communiquer, sur demande, tout document justifiant le montant des charges imputées.
En cours de bail, le bailleur doit informer le locataire de toute nouvelle charge, impôt, taxe ou redevance. Et, à la conclusion du bail puis tous les trois ans, il doit communiquer un état prévisionnel des travaux envisagés pour les trois années suivantes avec leur budget, ainsi qu’un état récapitulatif des travaux réalisés dans les trois années précédentes avec leur coût (art. L145-40-2 du Code de commerce, art. R145-37 du Code de commerce).
Ces obligations sont issues de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 (loi Pinel) et de son décret n° 2014-1317 du 3 novembre 2014, et elles n’entrent pas en vigueur à la même date — c’est une confusion fréquente. L’inventaire et les états de l’art. L145-40-2 du Code de commerce s’appliquent aux baux conclus ou renouvelés depuis le 1er septembre 2014 (loi n° 2014-626, art. 21 II) ; la liste des charges non imputables des articles R145-35 à R145-37 du Code de commerce s’applique aux baux conclus ou renouvelés depuis le 5 novembre 2014, date de publication du décret du 3 novembre 2014.
Leur inexécution ne rend pas la clause nulle en soi, mais elle fragilise chaque appel de charges : sans inventaire et sans état récapitulatif, un locataire qui conteste la refacturation part avec une longueur d’avance.
Les quatre catégories qui ne se refacturent jamais
L’art. R145-35 du Code de commerce dresse la liste des dépenses qui ne peuvent pas être imputées au locataire, quelle que soit la rédaction du bail :
- les dépenses relatives aux grosses réparations de l’art. 606 du Code civil du Code civil — gros murs et voûtes, rétablissement des poutres et des couvertures entières, digues, murs de soutènement et de clôture en entier — ainsi que les honoraires liés à leur réalisation ;
- les dépenses de travaux ayant pour objet de remédier à la vétusté ou de mettre en conformité avec la réglementation le bien loué, dès lors qu’ils relèvent des grosses réparations ;
- les impôts, notamment la contribution économique territoriale, taxes et redevances dont le redevable légal est le bailleur — étant précisé que peuvent être imputés la taxe foncière et les taxes additionnelles, ainsi que les impôts, taxes et redevances liés à l’usage du local ou à un service dont le locataire bénéficie directement ou indirectement ;
- les honoraires du bailleur liés à la gestion des loyers du local ;
- dans un ensemble immobilier, les charges, impôts, taxes, redevances et coûts de travaux afférents à des locaux vacants ou imputables à d’autres locataires.
La taxe foncière fait donc exception : elle reste refacturable, avec ses taxes additionnelles. Mais elle ne l’est que si le bail le prévoit expressément et si l’inventaire l’a mentionnée. Ce n’est pas un droit du bailleur, c’est une stipulation.
Les honoraires de gestion des loyers sont, à l’inverse, exclus sans exception. C’est l’erreur la plus coûteuse relevée sur les baux réels : un pourcentage de gestion refacturé année après année, que le locataire peut réclamer en restitution.
À faire trancher. Point discuté : la durée sur laquelle un locataire peut réclamer la restitution d’honoraires de gestion indûment refacturés, et le point de départ du délai. La prescription quinquennale de l’art. 2224 du Code civil est la lecture la plus courante, mais la qualification de l’action — répétition de l’indu ou action née du statut — se discute. Ce point n’a pas été arbitré à ce jour et nous n’avançons aucune position, ni dans un sens ni dans l’autre. Faites-le trancher par votre conseil avant de provisionner.
Ce que cela pèse sur un petit local
Loyer 24 000 € HT par an. Taxe foncière 3 200 €. Honoraires de gestion facturés par le cabinet du bailleur : 6 % des loyers encaissés, soit 1 440 € par an, refacturés au locataire. Ravalement de façade voté en 2024 : 9 600 € à la charge du lot, refacturés eux aussi.
Refacturable si le bail le prévoit et si l’inventaire la mentionne : la taxe foncière, 3 200 €. C’est 13,3 % du loyer, et c’est la clause la plus rentable d’un bail commercial.
Non imputables : les 1 440 € d’honoraires de gestion et les 9 600 € de ravalement, grosse réparation au sens de l’article 606 du Code civil. Sur cinq ans, les honoraires seuls représentent 7 200 € restituables.
Un bail bien rédigé transforme ce résultat : taxe foncière refacturée, honoraires supportés par le bailleur, ravalement provisionné. La différence se joue à la signature, pas au contentieux.
Le dégrèvement de taxe foncière, oublié des deux côtés
Lorsque le local reste vacant ou que l’exploitation est interrompue, le propriétaire peut obtenir un dégrèvement de taxe foncière sur les propriétés bâties. Si la taxe a été refacturée au locataire, le dégrèvement obtenu ensuite lui revient : le conserver revient à percevoir deux fois la même somme.
Le point est rarement traité dans les baux et jamais dans les états récapitulatifs standard. C’est une régularisation à faire spontanément : elle coûte peu et elle enlève au locataire un argument dans toute discussion ultérieure sur les charges.
Rédiger la clause au renouvellement
La refacturation ne s’impose pas en cours de bail. Un bailleur qui découvre que la taxe foncière est à sa charge ne peut pas la basculer sur le locataire par simple courrier : il lui faut un avenant signé, ou le renouvellement.
Au renouvellement, la clause se réécrit. Trois points la rendent solide :
- un inventaire annexé, catégorie par catégorie, avec la répartition entre bailleur et locataire — et non une formule générale ;
- la mention expresse de la taxe foncière et de ses taxes additionnelles, ainsi que des taxes liées à l’usage du local ou à un service dont le locataire bénéficie ;
- l’engagement de fournir l’état récapitulatif annuel dans les délais de l’art. R145-36 du Code de commerce, et la clé de répartition entre locataires quand l’immeuble en compte plusieurs, fondée sur la surface exploitée.
Une clause de charges bien écrite vaut souvent plus qu’une hausse de loyer : elle n’est pas plafonnée, elle ne se négocie pas tous les trois ans, et elle suit l’inflation des impôts locaux. Sur l’exemple ci-dessus, elle représente l’équivalent de six semaines de loyer par an.
La négociation du renouvellement est aussi le moment où se discutent le loyer et la durée. Le guide du congé détaille la séquence, et celui du déplafonnement ce qui peut se jouer sur le loyer au même moment.
En pratique, côté bailleur
Un exercice de charges se tient en quatre rendez-vous.
| Quand | Quoi |
|---|---|
| Janvier | Vérifier que l’inventaire des charges est bien annexé au bail. S’il manque, préparer sa régularisation pour le prochain renouvellement — pas par courrier unilatéral. |
| Février | Reprendre la liste des dépenses de l’exercice écoulé et écarter, ligne à ligne, les catégories de l’article R145-35 : grosses réparations, mises en conformité lourdes, impôts personnels du bailleur, honoraires de gestion des loyers, locaux vacants. |
| Mars | Rapprocher la provision de taxe foncière appelée et l’avis d’imposition réel. Restituer l’écart ou appeler le complément, avec la copie de l’avis. |
| Avant le 30 septembre | Adresser l’état récapitulatif annuel de l’exercice précédent (art. R145-36). Pour un immeuble en copropriété, dans les trois mois de la reddition des charges. |
| Sur demande | Communiquer les justificatifs. Un refus, même partiel, se retourne contre le bailleur dans toute contestation ultérieure. |
| Tous les trois ans | Envoyer l’état prévisionnel des travaux des trois années à venir et l’état récapitulatif des travaux réalisés, avec leurs coûts. |
| Au renouvellement | Réécrire la clause : inventaire annexé, taxe foncière expressément visée, clé de répartition par surface exploitée. |
Chiffrer votre cas
Le diagnostic gratuit repère les charges refacturées à tort et l’absence d’inventaire à partir de vos déclarations. Le rapport complet reprend la clause de votre bail, chiffre ce qui est imputable et ce qui ne l’est pas, et rédige la clause à proposer au renouvellement : il délivre de l’information et des calculs. L’avis personnalisé et la signature d’un avocat relèvent de l’avocat lui-même, sur devis.
Pour la partie loyer, l’outil des arriérés d’indexation et le calculateur chiffrent l’autre moitié du sujet.
Questions fréquentes
La taxe foncière est-elle refacturable au locataire ?
Oui, elle et ses taxes additionnelles font exception à l’interdiction d’imputer les impôts dont le redevable légal est le bailleur (art. R145-35 du Code de commerce). Mais elle n’est refacturable que si le bail le prévoit expressément et si l’inventaire annexé la mentionne.
Quelles dépenses ne peuvent jamais être mises à la charge du locataire ?
Les grosses réparations de l’article 606 du Code civil et les honoraires afférents, les travaux de mise en conformité relevant des grosses réparations, les impôts personnels du bailleur, les honoraires de gestion des loyers, et les charges des locaux vacants ou imputables à d’autres locataires.
Quand faut-il envoyer l’état récapitulatif annuel des charges ?
Au plus tard le 30 septembre de l’année suivant celle de l’exercice, ou, pour un immeuble en copropriété, dans les trois mois suivant la reddition des charges de copropriété (art. R145-36 du Code de commerce).
Le bail ne comporte aucun inventaire des charges : que faire ?
L’inventaire précis et limitatif est obligatoire pour les baux conclus ou renouvelés à compter du 1er septembre 2014 (loi n° 2014-626, art. 21 II) ; la liste des charges non imputables des articles R145-35 à R145-37 vise, elle, les baux conclus ou renouvelés depuis le 5 novembre 2014. L’inventaire ne se rattrape pas par courrier : il se régularise par avenant, ou au renouvellement.
Un pourcentage de gestion peut-il être refacturé au locataire ?
Non. Les honoraires du bailleur liés à la gestion des loyers du local ne peuvent pas être imputés au locataire (art. R145-35). C’est l’erreur la plus fréquente des baux gérés en cabinet, et elle expose à une demande de restitution.
Que devient un dégrèvement de taxe foncière déjà refacturée ?
Il revient au locataire qui a supporté la taxe. Conserver le dégrèvement revient à percevoir deux fois la même somme. La régularisation se fait spontanément, avec la copie de l’avis de dégrèvement.
Textes et décisions cités
Chaque affirmation de ce guide renvoie à son texte. Les liens ouvrent la version en vigueur sur Légifrance.
art. L145-40-2 du Code de commerce ↗ art. L145-40-1 du Code de commerce ↗ art. R145-35 du Code de commerce ↗ art. R145-36 du Code de commerce ↗ art. R145-37 du Code de commerce ↗ art. 606 du Code civil ↗ art. 2224 du Code civil ↗ loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 (loi Pinel) ↗ décret n° 2014-1317 du 3 novembre 2014 ↗
Aller plus loin
Charges refacturées à tort, inventaire manquant, provisions à rapprocher.
Sans engagement Congé du bailleurLe renouvellement, seul moment où la clause de charges se réécrit.
C. com., art. L145-9 Loyer jamais indexéL’autre moitié du sujet : ce que le loyer aurait dû rapporter.
C. civ., art. 2224 Loi du 26 mai 2026Ce que la réforme change aux garanties et au paiement du loyer.
Loi n° 2026-403Dernière mise à jour : 9 septembre 2026. Information et calcul, pas de consultation juridique : ces outils appliquent les formules et les textes cités, sur les données que vous saisissez. Ils ne remplacent ni la lecture du bail ni l'avis d'un professionnel du droit.